Donner du lait infantile aide-t-il à prévenir des allergies ?

Sommaire
Lorsqu'il s'agit de prévenir les allergies alimentaires chez les nourrissons, les conseils des professionnels de santé peuvent parfois sembler contradictoires. Entre recommandations basées sur des études limitées et impact potentiel sur l'allaitement exclusif, il est essentiel de comprendre les enjeux pour faire des choix éclairés. Cet article explore les pratiques actuelles, les données scientifiques disponibles et les recommandations d'experts.
Lire aussi : Doctissimo : Tout savoir sur l’allaitement exclusif
Les compléments en maternité : une pratique à double tranchant
En maternité, il arrive que des nourrissons reçoivent des compléments de lait 1er âge (PPN classique) pour diverses raisons : perte de poids, hypoglycémie ou inquiétude du personnel soignant.
Si ces compléments sont parfois nécessaires, leur utilisation soulève plusieurs problématiques :
Sensibilisation précoce aux protéines de lait de vache (PLV) : Une exposition isolée aux PLV dans les premiers jours de vie peut augmenter le risque d’allergie ultérieure, notamment lors de la réintroduction des PLV après une période d’allaitement exclusif.
Impact sur le microbiote intestinal : Le microbiote des bébés exclusivement allaités est différent de celui des bébés recevant des compléments. Cette flore intestinale spécifique joue un rôle clé dans la santé future de l’enfant.

Les recommandations actuelles privilégient l’utilisation d’hydrolysats de protéines (HA) ou de préparations à base de riz en cas de complément nécessaire, afin de limiter les risques de sensibilisation.
Faut-il donner du lait 1er âge quotidiennement pour prévenir les allergies ?
Certains pédiatres allergologues francophones ont récemment proposé d’introduire 10 ml par jour de lait 1er âge chez les bébés allaités exclusivement, même en l’absence d’indication médicale claire. Cette pratique repose sur une unique étude japonaise comportant des biais méthodologiques importants et n’est pas soutenue par les sociétés savantes ou organismes publics comme la HAS ou Santé Publique France.

Le Pr Dominique Turck, spécialiste en nutrition pédiatrique au CHU de Lille, qualifie cette proposition de "non fondée par la science et totalement irresponsable". Il rappelle qu’il n’existe aucune preuve solide montrant qu’une telle exposition réduit le risque d’allergie aux PLV (APLV).
Risques associés à cette pratique :
Impact sur l’allaitement exclusif : La présence d’une boîte de lait infantile à domicile peut inciter à remplacer certaines tétées par des biberons, surtout en cas de fatigue ou de doute, ce qui peut compromettre la lactation et conduire à un sevrage précoce.
Effet sur le microbiote : Même en petites quantités, le lait infantile modifie la flore intestinale du bébé, ce qui pourrait influencer son immunité future.
Exposition indirecte via l’alimentation maternelle
Lorsqu’une mère consomme du lait ou des produits laitiers pendant l’allaitement, des fragments digérés (peptides) passent dans son lait maternel. Ces peptides ont un impact immunologique différent des protéines entières présentes dans les préparations pour nourrissons.
Les experts s’accordent pour dire que cette exposition via le lait maternel ne suffit pas à prévenir une allergie aux PLV chez l’enfant. Elle peut toutefois contribuer au développement d’une tolérance dans certains cas. Cependant, chaque situation est unique, et une réaction allergique reste possible même avec cette exposition indirecte.
Que faire si un complément est nécessaire ?
Si un complément s’avère indispensable (par exemple pour une perte de poids importante), voici les recommandations actuelles :
Privilégier un hydrolysat de protéines : Ces préparations contiennent des protéines fragmentées qui réduisent le risque de sensibilisation aux PLV.
Envisager une préparation à base de riz : Bien qu’il y ait peu d’études formelles sur ces produits, ils peuvent être une alternative intéressante pour éviter les PLV.
Exprimer du colostrum en anténatal : Dès 36-37 semaines de grossesse, il est possible d’exprimer manuellement du colostrum pour éviter le recours au lait industriel en maternité.
Prévenir les allergies : quelles bonnes pratiques ?
Pour limiter au maximum les risques d’allergies alimentaires chez votre bébé, voici quelques conseils basés sur les données scientifiques actuelles :
Favoriser l’allaitement exclusif : C’est la meilleure protection contre les allergies alimentaires et autres pathologies infantiles.
Limiter sa consommation personnelle de produits laitiers si nécessaire : Sans aller jusqu’à une éviction totale sauf avis médical, réduire sa consommation peut être bénéfique si vous suspectez une sensibilité familiale aux PLV.
Éviter les compléments non justifiés : Les compléments systématiques en maternité ne devraient pas être donnés sans indication médicale claire.
Hydrater la peau sèche du bébé : Une peau bien hydratée réduit le risque de sensibilisation transcutanée aux allergènes environnementaux.
Privilégier un accouchement physiologique si possible : Une naissance par voie basse favorise la transmission du microbiote maternel au bébé.
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Privilégier des choix éclairés et personnalisés
Les propositions visant à introduire systématiquement du lait infantile chez les bébés allaités exclusivement ne reposent pas sur des preuves scientifiques solides et peuvent avoir un impact négatif sur l’allaitement et la santé future du bébé.
L’allaitement exclusif reste la meilleure option pour protéger votre enfant contre les allergies alimentaires et favoriser son développement optimal.
En cas de doute ou si un complément est nécessaire, n’hésitez pas à demander conseil à un professionnel formé aux dernières recommandations scientifiques
Références
Haute Autorité de Santé – Recommandations sur l’allaitement et la diversification alimentaire
Santé Publique France – Programme National Nutrition Santé
ESPGHAN – Position papers on allergy prevention
World Health Organization – Exclusive breastfeeding recommendations
Sakihara T. et al. Continuous ingestion of cow’s milk formula and prevention of CMA. Allergy, 2020.
Boyle RJ et al. Hydrolysed formula and allergy prevention: systematic review. BMJ, 2016.
Lodge CJ et al. Breastfeeding and allergic disease: meta-analysis. Lancet, 2015.
Penders J et al. Gut microbiota and allergic disease development. J Allergy Clin Immunol, 2007.
Fiocchi A et al. WAO DRACMA guidelines for cow’s milk allergy. World Allergy Organization Journal.



















