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Allaitement, douleur : la piste du clitoris !

Crédit photo : Renaud Caillé
Crédit photo : Renaud Caillé

La douleur liée à l’allaitement reste dans l’angle mort de la prise en charge post-partum. Pourtant, une étude clinique française récente, menée au CHU de Rouen et dont les résultats ont été publiés dans PLoS One, apporte l’éclairage nouveau d’une approche innovante : la stimulation clitoridienne externe comme méthode non médicamenteuse de soulagement de la douleur.


Si cette recherche ne portait pas initialement sur l’allaitement, les résultats de la Dre Manon Bestaux quant à la faisabilité de la méthode pourraient bien s’appliquer pour la gestion des possibles douleurs des femmes allaitantes.


Sommaire


Douleurs de l’allaitement : un problème fréquent et sous-estimé

Crevasses, douleurs aux seins, tranchées (contractions utérines survenant quand le bébé tète dans le post partum immédiat), tensions périnéales : allaiter dans un tel contexte de douleurs est un vrai défi pour de nombreuses jeunes mamans. On comprend aisément que certaines d'entre elles baissent les bras et décident de sevrer. Malgré les recommandations en faveur de méthodes non médicamenteuses, peu d’outils validés scientifiquement existent pour soulager ces douleurs de manière autonome, respectueuse du corps et sans risque pour la mère ou l’enfant.

Une étude pionnière sur les capacités analgésiques du clitoris

Entre 2020 et 2023, une équipe du CHU de Rouen a mené une étude clinique pilote prospective de faisabilité sur 32 femmes enceintes, publiée en 2025 dans PLoS One.


Dre Manon Bestaux
Dre Manon Bestaux

Cette recherche, conduite notamment par la Dre Marie-Madeleine Manon Bestaux, s’intéressait à une hypothèse marginale :

Le clitoris pourrait avoir une fonction analgésique, en amont de sa fonction sexuelle.

Les participantes avaient à leur disposition un dispositif vibrant (OVD), à utiliser en cas de douleur par massage au niveau du ligament suspenseur du clitoris (la symphyse pubienne), afin de stimuler l’organe clitoris dans sa globalité, en externe même au travers d’un tissu, sans pénétration ni recherche d’orgasme.

Ce que montre réellement la recherche

L’étude ne portait pas initialement sur l’allaitement, mais sur les douleurs pendant la grossesse jusqu’à l’accouchement et les résultats sont particulièrement robustes :

  • 81,25 % d’acceptabilité (26 femmes sur 32 ont utilisé la méthode),

  • 304 épisodes douloureux notés et analysés,

  • 86,2 % des utilisations sont associées à un soulagement ressenti.

Dans cette étude de faisabilité, les informations sur l’intensité de la douleur étaient facultatives. Néanmoins, dans les commentaires notés par les femmes pour 276 épisodes douloureux, il a été constaté une baisse moyenne de la douleur de 2,72 points sur l’échelle visuelle analogique (EVA).

Les résultats ont été à la hauteur des attentes de la chercheuse : la sensation de soulagement au cours de l’utilisation du dispositif avec la méthode proposée est largement suffisant pour que d’autres recherches plus exhaustives et qualitatives soient possibles sur cette capacité antalgique méconnue du clitoris.

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Allaitement : pourquoi ces résultats sont particulièrement pertinents

Un cas particulier dans cette étude a recueilli la meilleure diminution moyenne de douleur (gain EVA de 5,38). Il s’agit d’une patiente ayant utilisé le dispositif pendant sa grossesse, mais qui a principalement continué en post-partum pour des douleurs liées à l’allaitement.

Cela suggère que :

  • le mécanisme analgésique observé ne se limite pas à la femme enceinte,

  • la méthode pourrait s’appliquer à d’autres douleurs féminines,

  • et notamment à celles associées à l’allaitement.

Même si ces données restent exploratoires, elles constituent un signal clinique fort, suffisant pour justifier une réflexion thérapeutique élargie.

 

Bonne acceptabilité de la stimulation clitoridienne externe



Dispositif Vibrant ©Manon Bestaux
Dispositif Vibrant ©Manon Bestaux

Par la recherche personnelle d’une capacité analgésique de leur clitoris, les femmes enceintes ont participé activement à la gestion de leur douleur au-delà des appréhensions physiques et des tabous.

La méthode proposée de stimulation clitoridienne externe par dispositif vibrant a produit un effet analgésique sensible.

Cet effet a été documenté dans une publication scientifique internationale à comité de lecture, pour un panel réduit de 32 femmes enceintes, premier pas de nouvelles recherches qualitatives et diversifiées.

La proposition d’utiliser la méthode employée dans cette première étude comme moyen thérapeutique non médicamenteux n’a pas connu les oppositions que l’on pouvait craindre. Il n’est pas toujours évident de mélanger les concepts douleur et plaisir, procréation et sexualité, clitoris et enfantement.

Vers une évolution des pratiques cliniques

Cette étude contribue à faire évoluer un paradigme encore très présent, le clitoris comme organe « exclusivement » dédié au plaisir sexuel. Cet organe a peut-être d’autres fonctions.

La Dre Manon Bestaux espère d’autres études qui permettront de le reconnaître comme un organe dynamique, impliqué dans :

  • la régulation neuromusculaire du périnée,

  • la modulation de la douleur,

  • et potentiellement l’accompagnement de périodes clés comme le post-partum et l’allaitement.

L’enjeu désormais n’est plus la preuve de principe, mais :

  • la formation des professionnel.les de santé,

  • la désexualisation du discours thérapeutique sur le sujet « clitoris »,

  • et le développement de dispositifs médicaux adaptés.



Concrètement, qu’est-ce que cela change pour une maman allaitante ?


Ces résultats signifient qu’il existe désormais une option supplémentaire, non médicamenteuse, autonome et physiologique pour soulager certaines douleurs du post-partum et de l’allaitement.

Cela veut dire que :

  • une femme allaitante peut, si elle le souhaite, utiliser une stimulation clitoridienne externe, simple et non sexuelle, pour tenter de diminuer des douleurs liées aux contractions utérines post-partum, aux tensions périnéales ou à certaines douleurs associées à l’allaitement ;

  • cette approche ne met pas en danger le nourrisson, n’interfère ni avec la lactation ni avec la prise de médicaments, et respecte les recommandations de prudence pendant le post-partum ;

  • la mère reste actrice de sa prise en charge, en ajustant elle-même l’intensité, la durée et le moment d’utilisation selon ses sensations.

La douleur de l’allaitement n’est pas une fatalité, ni quelque chose que les femmes devraient « supporter » en silence. La publication de cette étude permet aujourd’hui aux professionnel.les de santé de s’appuyer sur une référence scientifique reconnue pour évoquer cette possibilité sans tabou, hors de toute injonction sexuelle puisqu’il s’agit de massage et non de masturbation.

Enfin, il est fondamental de rappeler que cette méthode n’est ni obligatoire ni universelle. Elle ne convient pas à toutes les femmes, ni à toutes les situations, et ne se substitue pas à un accompagnement médical ou à une prise en charge des causes mécaniques de la douleur (positionnement, frein, infections, etc.). Mais pour certaines mères, elle peut représenter un levier supplémentaire de soulagement, parfois décisif pour poursuivre l’allaitement dans de meilleures conditions.

En ce sens, cette recherche ouvre une perspective nouvelle : reconnaître que le corps des femmes — et notamment le clitoris — peut aussi être mobilisé comme ressource thérapeutique, au service de leur confort, de leur autonomie et de leur expérience de la maternité. Prête à tester ? A vos OVD 


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Référence scientifique

Bestaux-Brethez MM, Gillibert A, Sabatier T, Verspyck E. Potential analgesic function of the clitoris in pregnant women : A feasibility study. PLoS One. 2025;20(12):e0333112.


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