Votre bébé régurgite : faut-il s’inquiéter ?
- caroleherve
- 5 janv.
- 6 min de lecture

Votre bébé régurgite après les tétées ? C’est une situation courante, parfois impressionnante, mais dans la grande majorité des cas, elle est bénigne. Pourtant, face à ces rejets de lait, de nombreux parents s'inquiètent : mon bébé a-t-il trop bu ? Est-il malade ? Faut-il un traitement ? Cet article vous aide à faire la part des choses entre un reflux physiologique normal et un reflux pathologique nécessitant une prise en charge médicale.
Sommaire
Pourquoi les bébés régurgitent-ils ?
Les régurgitations sont principalement dues à l’immaturité du système digestif des nourrissons, notamment à un clapet encore immature : le sphincter inférieur de l’œsophage. Ce muscle, censé empêcher le contenu de l’estomac de remonter, n’est pas encore totalement fonctionnel chez les nouveau-nés.
Un bébé peut régurgiter :
parce qu’il a trop bu (le trop-plein est évacué naturellement),
parce qu’il a suffisamment bu (mais le lait remonte quand même),
ou même quand il n’a pas bu assez (le peu qu’il a pris peut tout de même refluer).
Cela signifie que la régurgitation ne reflète pas la quantité de lait ingérée ni la qualité de la tétée. Le phénomène est donc souvent bénin, et ne signifie pas que l’enfant est « intolérant » ou malade.
Régurgitations physiologiques : pas de quoi s’alarmer
Les régurgitations physiologiques concernent environ 60 % des nourrissons entre 0 et 3 mois (Vandenplas et al., 2018). Elles se produisent généralement juste après la tétée et ne gênent pas le bébé. On parle alors de régurgitations simples, ou "reflux gastro-œsophagien (RGO) physiologique".
Signes rassurants :
Bébé prend bien du poids
Il ne pleure pas après avoir régurgité
Il tète avec plaisir
Son sommeil est paisible
Il n’a pas de toux chronique ou de respiration bruyante
Dans ce cas, aucune intervention médicale n’est nécessaire, et la maturation digestive réglera naturellement le problème dans les premiers mois de vie (souvent avant 12 à 18 mois).
Régurgitations physiologiques : qu’est-ce que c’est ?
On parle de reflux passif (régurgitations), sans effort ni douleur : le lait remonte et sort spontanément. Contrairement au vomissement actif, il ne s’accompagne pas de nausées ou de spasmes. Ce phénomène concerne 40 à 70 % des bébés, avec un pic vers 3–4 mois, avant une résolution quasi générale vers 1 an.
Pourquoi bébé régurgite-t-il ? Le clapet est immature
Le sphincter inférieur de l’œsophage (LE Sphincter, ou « clapet ») est encore immature chez le nourrisson : il se relâche fréquemment sans raison apparente (TLESR). Ce relâchement autorise le lait à remonter, même si bébé a bu juste ce qu’il faut. Cela dépend surtout de la maturation physiologique et non de la quantité ingérée.
Trois scénarios quelle que soit la quantité bue
Situation | Interprétation |
Votre bébé a trop bu | Le reflux expulse l’excédent. Apparaît plus souvent après un volume élevé. |
Votre bébé a bu juste ce qu’il faut | Une petite régurgitation peut survenir malgré une quantité adaptée. L’intensité du reflux est liée au mécanisme, pas à la quantité. |
Votre ébé a bu moins que ce qu'il aurait dû | S’il n’a pas tété efficacement, il peut avoir avalé de l’air ou stagné : le reflux se déclenche malgré une prise insuffisante. |
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Concrètement, au quotidien
Votre bébé régurgite un petit filet après chaque tétée, ou même une belle quantité de lait, mais reste calmement sur l’épaule ou se remet à téter immédiatement : il manifeste ici un reflux bénin.
Les régurgitations sont fréquentes mais sa prise de poids est bonne, son sommeil serein, les tétées efficaces : toujours un reflux physiologique.
En revanche, ses pleurs sont inconsolables, il refuse de s’alimenter, adopte une posture arquée, ne dort jamais plus de 3h d'affilée : envisagez un reflux pathologique (RGO).
Quand suspecter un reflux pathologique
Le RGO devient pathologique quand il provoque des douleurs ou des complications. Cela concerne environ 5 à 10 % des bébés.
Symptômes évocateurs d’un RGO pathologique :
Pleurs inconsolables, surtout après les tétées
Refus de téter ou tétées hachées
Prise de poids insuffisante
Reflux qui remonte dans la bouche voire le nez
Troubles du sommeil importants
Toux persistante, enrouement, respiration sifflante
Dans ce cas, un avis médical s’impose. Filmez les symptômes et notez vos observations, cela aidera votre pédiatre à poser un diagnostic plus précis.
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Ce que vous pouvez faire pour aider
Fractionnez les repas : tétées plus fréquentes et plus courtes réduisent l’excès de lait et l’air avalé.
Position verticale après la tétée : gardez bébé redressé pendant 10 à 15 minutes pour utiliser la gravité (dos calé ou porté)
Faites roter bébé pour dégager l’air et limiter les reflux.
Allaiter en position correcte : tête alignée, bon appui, succion efficace.
Évitez les vêtements et couches serrés sur le ventre.
Si bébé est allaité, surveillez votre alimentation – certains aliments (lait de vache, œufs) peuvent être testés en diminution si suspicion de sensibilisation
Les traitements existants et leur intérêt
Approche non médicamenteuse
Petites tétées plus fréquentes
Position verticale après la tétée (15–30 minutes)
Inclinaison légère du matelas
Éviter les couches ou vêtements trop serrés
Traitements médicamenteux
a. Pansements gastriques / antiflatulents
Utilisés en première intention :
Gaviscon® nourrisson (anti-reflux mécanique)Fiche ANSM
Gel de polysilane (anti-ballonnement)Fiche ANSM
Julep gommeux (préparation magistrale douce)Source ANSM
Infacol® (aide à l’expulsion des gaz)
IPP : Inhibiteurs de la pompe à protons
En cas d’échec ou de symptômes sévères, prescrits sur ordonnance :
Inexium® (ésoméprazole) Fiche ANSM
Mopral® (oméprazole) Fiche ANSM
Ces traitements réduisent l’acidité gastrique, mais ne sont pas dénués d’effets secondaires et ne sont pas recommandés en première intention chez le nourrisson (Caring for Infants With Gastroesophageal Reflux, NASPGHAN, 2018).
Ce que vous pouvez faire au quotidien
Surveillez la posture de votre bébé : verticalisation après les repas
Allaitement : proposez plusieurs petits repas, observez ses signes de satiété
Évitez le tabac passif et les excitants chez la mère allaitante
Notez tout ce qui vous interpelle : fréquence, quantité régurgitée, comportement
Consultez un professionnel formé à l’allaitement si les tétées sont difficiles
Quand consulter ?
Si les régurgitations s’accompagnent d’une perte de poids
Si votre bébé pleure beaucoup, se cambre, refuse de téter
Si le reflux est très fréquent, abondant, douloureux
Si le sommeil est fortement perturbé malgré toutes les mesures mises en place
Un suivi pédiatrique est important, avec parfois la nécessité d’investigations (pH-métrie, fibroscopie) pour évaluer la gravité du RGO.
Je vous recommande quelques lectures 😉 :
Mon allaitement sur mesure (Éd. Albin Michel, 2020)
Choisir d’allaiter (Éd. First, 2022)
L'allaitement pour les nuls (Ed. First, 2024)
Références
Occurrence et évolution du reflux chez l’enfant : épidémiologie chez 50–70 % des nourrissons Bird C, Winzor G, Lemon K, Moffat A, Newton T, Gray J. A Pragmatic Study to Evaluate the Use of a Rapid Diagnostic Test to Detect Group A Streptococcal Pharyngitis in Children With the Aim of Reducing Antibiotic Use in a UK Emergency Department. Pediatr Emerg Care. 2021 May 1;37(5):e249-e251. doi: 10.1097/PEC.0000000000001560. PMID: 30045356.
Pathophysiologie : rôle des relaxations transitoires du sphincter inférieur (TLESR) Omari TI, Miki K, Davidson G, Fraser R, Haslam R, Goldsworthy W, Bakewell M, Dent J. Characterisation of relaxation of the lower oesophageal sphincter in healthy premature infants. Gut. 1997 Mar;40(3):370-5. doi: 10.1136/gut.40.3.370. PMID: 9135527; PMCID: PMC1027088.
Recommandations pratiques : gestion non médicamenteuse du reflux chez le nourrisson
Ummarino et al. (2015) : essai prospectif randomisé montrant l’efficacité du magnesium alginate + siméthicone sur les symptômes de reflux chez l’infant, comparé à simple réassurance et épaississement
Salvatore et al. (2018) : revue Paediatr Drugs décrivant l’action des TLESR et la supériorité des alginates dans le reflux gastro-œsophagien infantile
Canadian Paediatric Society (2020) : recommandation claire : « Les thérapies anti‑acides ne sont pas recommandées pour les bébés en bonne santé présentant des régurgitations physiologiques » Société canadienne de pédiatrie.
AAFP (2015) : déclaration que siméthicone et IPP sont inefficaces dans le reflux bénin et l’irritabilité de l’enfant
Johnson JD, Cocker K, Chang E. Infantile Colic: Recognition and Treatment. Am Fam Physician. 2015 Oct 1;92(7):577-82. PMID: 26447441.
PPIs inefficaces : données pédiatriques concluantes montrant l’absence d’efficacité supérieure à un placebo Safe M, Chan WH, Leach ST, Sutton L, Lui K, Krishnan U. Widespread use of gastric acid inhibitors in infants: Are they needed? Are they safe? World J Gastrointest Pharmacol Ther. 2016 Nov 6;7(4):531-539. doi: 10.4292/wjgpt.v7.i4.531. PMID: 27867686; PMCID: PMC5095572.
Vandenplas Y, et al. "Pediatric gastroesophageal reflux clinical practice guidelines: joint recommendations of NASPGHAN and ESPGHAN." Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, 2018.
Bird C, Winzor G, Lemon K, Moffat A, Newton T, Gray J. A Pragmatic Study to Evaluate the Use of a Rapid Diagnostic Test to Detect Group A Streptococcal Pharyngitis in Children With the Aim of Reducing Antibiotic Use in a UK Emergency Department. Pediatr Emerg Care. 2021 May 1;37(5):e249-e251. doi: 10.1097/PEC.0000000000001560. PMID: 30045356.
Rosen R, et al. "Evaluation and Management of Gastroesophageal Reflux in Infants." Pediatrics, 2018. Ummarino D, Miele E, Martinelli M, Scarpato E, Crocetto F, Sciorio E, Staiano A. Effect of magnesium alginate plus simethicone on gastroesophageal reflux in infants. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2015 Feb;60(2):230-5. doi: 10.1097/MPG.0000000000000521. PMID: 25079477.
ANSM – Base de données publique des médicaments. www.ansm.sante.fr
NASPGHAN Clinical Guidelines for Reflux in Infants and Children. www.naspghan.org











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