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On m’avait dit de jeter le reste du biberon

  • il y a 3 heures
  • 7 min de lecture
Combien de temps puis-je garder le lait du biberon qui a été en contact avec la salive du bébé ? - Crédit photo Renaud Caillet
Combien de temps puis-je garder le lait du biberon qui a été en contact avec la salive du bébé ? - Crédit photo Renaud Caillet
Est-ce que le lait est contaminé par la salive du bébé ?
Est-ce que le lait est contaminé par la salive du bébé ?

Quand on allaite et qu’on tire son lait, on entend très souvent que « Si le bébé n’a pas fini le biberon, il faut jeter le lait. » Pour beaucoup de mères, cette règle est un véritable crève-cœur. Elle en a démoralisé plus d’une. Certaines ont même renoncé à tirer leur lait, parce qu’on donnait l’impression que ce lait — obtenu avec tant d’efforts — n’avait finalement pas tant de valeur.

Car tirer son lait demande énormément : du temps, de l’énergie, de l’organisation… et parfois de très longues minutes passées à tirer quelques millilitres.

Et pourtant, pendant des années, la recommandation a été simple, immuable : biberon entamé = à jeter. Mais d’où venait réellement cette règle ? Et surtout… était-elle vraiment fondée sur des données scientifiques solides ?


Sommaire


Une règle très stricte… mais peu étudiée


Dans de nombreux guides pour parents, la recommandation était claire :

  • un biberon que le bébé a commencé doit être jeté après 30 minutes à 2 heures.


Tout biberon de lait maternel entamé doit être jeté - Source https://www.1000-premiers-jours.fr/
Tout biberon de lait maternel entamé doit être jeté - Source https://www.1000-premiers-jours.fr/

L’explication avancée est simple : la salive du bébé introduit des bactéries dans le lait, et ces bactéries pourraient se multiplier pendant le stockage (FDA, 2023).

Sur le papier, l’argument est logique.

Le problème, c’est que pendant longtemps cette règle reposait surtout sur le principe de précaution, et non sur des études directes analysant ce qui se passe réellement dans un biberon entamé.

Dans la pratique clinique, les recommandations ont souvent été plus conservatrices que les données scientifiques disponibles.


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Le parallèle souvent fait avec le lait infantile

Un élément rarement discuté dans les recommandations est le parallèle constant fait avec le lait infantile industriel.

Or ces deux produits sont très différents.


Le lait infantile est un produit transformé, fabriqué à partir d’ingrédients pasteurisés puis déshydratés. Une fois reconstitué avec de l’eau, il ne contient aucune activité immunologique et aucun facteur antimicrobien actif (Suthienkul et al., 1999).

Autrement dit, sur le plan biologique, c’est un milieu relativement pauvre, dans lequel des bactéries peuvent se multiplier rapidement si les conditions sont favorables.

Dans des conditions favorables, certaines bactéries peuvent doubler toutes les 20 à 30 minutes (Redmond & Griffith, 2009). C’est pour cela que les recommandations sanitaires sont strictes :un biberon entamé doit être jeté après 1 à 2 heures : la charge bactérienne peut augmenter.


Si on laisse du lait infantile sur la table, les bactéries peuvent y trouver un milieu favorable pour se multiplier. Le lait maternel, lui, contient déjà des facteurs antimicrobiens qui peuvent limiter cette croissance.

Le lait maternel, lui, est tout l’inverse.

Il s’agit d’un fluide biologique vivant, qui contient :

  • des cellules immunitaires

  • des anticorps (notamment IgA)

  • des enzymes antimicrobiennes comme la lactoferrine et la lysozyme

  • des oligosaccharides qui modulent la flore bactérienne

Ces composants jouent un rôle direct dans la limitation de la croissance de certaines bactéries.

Plusieurs études ont montré que le lait maternel possède une activité antimicrobienne significative contre différents pathogènes infantiles. Des travaux ont montré que le lait maternel peut inhiber la croissance de bactéries comme Escherichia coli, Staphylococcus aureus et Salmonella, des agents fréquemment impliqués dans les infections digestives ou systémiques du nourrisson.

  • La lactoferrine, une protéine abondante dans le lait maternel, est capable de bloquer la croissance bactérienne en captant le fer dont les bactéries ont besoin pour se multiplier.

  • La lysozyme, une enzyme, détruit directement la paroi de certaines bactéries.

  • Les oligosaccharides du lait maternel (HMO) agissent comme des « leurres » microbiologiques : ils empêchent certains pathogènes de se fixer sur les muqueuses intestinales du bébé.

  • Enfin, les anticorps IgA sécrétoires ciblent spécifiquement des microbes rencontrés par la mère et participent à protéger l’enfant contre ces infections.

Des expériences en laboratoire ont ainsi montré que du lait maternel frais pouvait réduire ou ralentir la croissance de plusieurs pathogènes pédiatriques, notamment E. coli, Streptococcus, Klebsiella ou Candida albicans.


Malgré cela, les recommandations destinées aux parents ont souvent été alignées sur celles du lait infantile, comme si les deux produits étaient microbiologiquement équivalents. Ce qu’ils ne sont pas.




On avait très peu de données scientifiques

Pendant des décennies, il existait très peu d’études mesurant réellement ce qui se passe dans un biberon après une tétée partielle.

La littérature scientifique se concentrait plutôt sur :

  • la conservation du lait maternel

  • la composition du lait

  • ses propriétés immunitaires et antimicrobiennes

Certaines recherches ont même montré que les niveaux bactériens peuvent rester stables ou diminuer dans du lait maternel réfrigéré, contrairement au lait artificiel où la croissance bactérienne peut être plus rapide.

Mais cela ne répondait pas à la question concrète que se posent les parents :

Que se passe-t-il dans un biberon que le bébé a déjà commencé ?

Pendant longtemps, l’une des rares études réalisée par Pittard, citées dans les discussions sur la manipulation du lait tiré remontait à 1987. Cette recherche examinait notamment les pratiques domestiques de manipulation et de chauffage du lait maternel et du lait infantile.

Pendant des années, c’était l’une des seules références disponibles lorsqu’on cherchait des données scientifiques sur la gestion du lait tiré dans la vie quotidienne. Elle était notamment relayée dans certaines ressources d’information destinées aux parents, y compris dans des documents éducatifs utilisés par des organisations de soutien à l’allaitement, faute de mieux.

Autrement dit : pendant près de quarante ans, les données scientifiques directes sur les biberons partiellement consommés étaient extrêmement limitées. Les recommandations prudentes se sont donc imposées… faute de mieux.


Le principe de précaution s’est imposé

La logique derrière les recommandations officielles reste compréhensible.

Quand un bébé boit au biberon :

  1. sa salive entre en contact avec la tétine

  2. des bactéries de la bouche peuvent passer dans le lait

  3. ces bactéries peuvent ensuite se multiplier

Des études ont effectivement confirmé que des bactéries provenant de la cavité buccale peuvent être transférées dans le lait via la tétine (Wakui et al., 2021)

Cependant, la présence de bactéries ne signifie pas nécessairement danger immédiat.

La plupart du temps, ces bactéries appartiennent simplement à la flore normale de la bouche du bébé.

La vraie question est donc :

Est-ce que leur nombre augmente rapidement au point de devenir problématique ?

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Enfin : une étude récente qui change la perspective

Pendant longtemps, la recommandation de jeter le reste d’un biberon après que le bébé a commencé à boire reposait surtout sur un principe de précaution. On savait que la salive du bébé pouvait introduire des bactéries dans le lait, mais on disposait de peu d’études mesurant réellement ce qui se passait ensuite.


Une étude a donc observé ce phénomène de plus près. Les chercheurs ont analysé du lait infantile après qu’un bébé ait bu au biberon, puis ils ont mesuré la quantité de bactéries immédiatement après la tétée et après une conservation au réfrigérateur (Silvestre et al., 2006).


Les résultats ont confirmé que

  • des bactéries provenant de la bouche du bébé passent bien dans le lait pendant la tétée.

  • lorsque le lait était conservé au réfrigérateur, la quantité de bactéries après 12 à 24 heures restait très proche de celle mesurée juste après que le bébé avait bu.


Autrement dit, les bactéries étaient présentes — autour de 10 000 par millilitre — mais elles n’augmentaient pas de manière significative pendant la période étudiée.



Ces résultats suggèrent que, dans certaines conditions — notamment lorsque le lait est rapidement remis au réfrigérateur — la multiplication des bactéries peut rester limitée pendant plusieurs heures.

la règle de jeter systématiquement le lait entamé était probablement très prudente parce que les données manquaient.

Cela ne signifie pas pour autant que les recommandations officielles sont « fausses ». Elles ont été conçues pour être très prudentes, afin de protéger les nourrissons, qui sont particulièrement sensibles aux infections.


Mais ces recherches montrent aussi que certaines règles ont été établies à une époque où les données scientifiques étaient encore limitées, et que la réalité biologique est parfois plus nuancée. Ce que l’on peut retenir aujourd’hui

Les recherches restent encore limitées, mais plusieurs éléments sont désormais mieux compris.

1. Le lait maternel possède des propriétés antimicrobiennes. Il contient des facteurs immunitaires capables de limiter la croissance bactérienne.

2. Les bactéries introduites proviennent souvent de la flore buccale normale du bébé.

3. Leur croissance n’augmente pas nécessairement rapidement, surtout lorsque le lait est conservé au réfrigérateur.

La prudence reste toutefois essentielle pour certains nourrissons :

  • les nouveau-nés très jeunes

  • les prématurés

  • les bébés immunodéprimés

Dans ces situations, les recommandations strictes restent importantes.


Références

  • Ballard, O., & Morrow, A. L. (2013). Human milk composition: Nutrients and bioactive factors. Pediatric Clinics of North America, 60(1), 49–74.

  • Hamosh, M. (2001). Bioactive factors in human milk. Pediatric Clinics of North America, 48(1), 69–86.

  • Lönnerdal, B. (2003). Bioactive proteins in human milk. Journal of Paediatrics and Child Health, 39(2), 76–82.

  • Le Doare, K., Holder, B., Bassett, A., & Pannaraj, P. S. (2018). Mother’s milk: A purposeful contribution to the development of the infant microbiota and immunity. Frontiers in Immunology, 9, 361.

  • Newburg, D. S., & Walker, W. A. (2007). Protection of the neonate by the innate immune system of developing gut and human milk. Pediatric Research, 61(1), 2–8.

  • Isaacs, C. E. (2005). Human milk inactivates pathogens individually, additively, and synergistically. The Journal of Nutrition, 135(5), 1286–1288.

  • Lawrence, R. M., & Lawrence, R. A. (2004). Breast milk and infection. Clinics in Perinatology, 31(3), 501–528.

  • Lawrence, R. A., & Lawrence, R. M. (2016). Breastfeeding: A Guide for the Medical Profession (8th ed.). Elsevier.

  • Pittard, W. B., Geddes, K. M., Brown, S., & Buescher, E. S. (1987). Bacterial growth in expressed human milk. Pediatrics, 80(6), 889–892.

  • Silvestre, D., López, M. C., March, L., Plaza, A., Martínez-Costa, C., & Palau, F. (2006). Evaluation of bacterial growth in infant formula after bottle feeding. International Journal of Food Microbiology, 107(1), 53–56.

  • Wakui, A., et al. (2021). Bacterial concentration and composition in liquid baby formula consumed with an artificial nipple. Journal of Oral Biosciences, 63(2), 166–171.

  • Redmond, E. C., & Griffith, C. J. (2009). Contamination of bottles used for feeding reconstituted powdered infant formula and implications for public health. Perspectives in Public Health, 129(2), 85–94.

  • Suthienkul, O., et al. (1999). Bacterial contamination of bottle milk in infants under 6 months. Southeast Asian Journal of Tropical Medicine and Public Health, 30(4), 770–775.

  • Eglash, A., & Simon, L. (2017). ABM Clinical Protocol #8 : Human milk storage information for home use. Breastfeeding Medicine, 12(7), 390–395.

  • U.S. Food and Drug Administration (FDA). (2023). Handling Infant Formula Safely. U.S. Department of Health and Human Services.

  • Martysiak-Żurowska, D., Kiełbratowska, B., Sinkiewicz-Darol, E., & Łubiech, K. (2026). Effect of microwaves HTST pasteurization on human milk components. Journal of Dairy Research.

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