Ne pas culpabiliser les mères qui n'allaitent pas
- 13 juil. 2025
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 20 heures

L’arrivée d’un enfant s’accompagne souvent d’un flot d’émotions : joie, fatigue, émerveillement… mais aussi parfois doute, anxiété et culpabilité.
Et très vite, des remarques ou conseils fusent.
« Il ne faut pas culpabiliser les mères. »
« Le lait infantile est très sûr. »
« L’allaitement doit rester un choix personnel. »
Ces phrases sont rassurantes. Mais répétées sans nuance, elles peuvent produire un effet paradoxal : elles déplacent la responsabilité vers les parents et le "choix individuel", tout en invisibilisant les déterminants sociaux, médicaux et industriels qui influencent leurs décisions.
Les parents se retrouvent alors seuls face à des informations fragmentées, parfois contradictoires.
En tant que consultante en lactation IBCLC, je vois chaque semaine à quel point le manque d’informations fiables pèse sur les décisions parentales — décisions qui ont un impact direct sur la santé des bébés et des mères. Il est temps de poser les vrais enjeux et de rétablir la vérité scientifique.
Ce contexte est d’autant plus criant aujourd’hui, alors que des rappels massifs de laits infantiles contaminés secouent la filière mondiale — Nestlé, Lactalis, Danone et d’autres ont retiré des lots de lait en poudre à cause de risques de contamination par une toxine. Ces événements rappellent brutalement que le discours lénifiant sur la “sécurité totale” du lait industriel est parfois loin de la réalité vécue par les familles.
Sommaire
Quand la culpabilité devient honte

Les recherches montrent que les mères peuvent ressentir de la culpabilité quel que soit leur choix d’alimentation. La culpabilité est un poison.
Certaines mères culpabilisent de ne pas avoir allaité.
D’autres culpabilisent d’avoir arrêté.
D’autres encore culpabilisent de continuer trop longtemps.
La culpabilité concerne l’action.
La honte, elle, touche l’identité.
Quand une mère internalise l’idée qu’elle n’a pas réussi à faire ce qu’on attendait d’elle, la question devient : « Suis-je une mauvaise mère ? »
Cette honte peut être alimentée par plusieurs facteurs :
commentaires maladroits de l’entourage
conseils contradictoires
manque de soutien à la maternité
discours médicaux culpabilisants
comparaison avec d’autres mères
représentations idéalisées de la maternité sur les réseaux sociaux.
Dans certains cas, cette culpabilité peut altérer la confiance parentale et affecter la santé mentale post-partum.
Le deuil de l’allaitement
Lorsque l’allaitement ne se déroule pas comme prévu, certaines mères vivent un véritable processus de deuil.
Ce deuil concerne :
l’expérience imaginée de l’allaitement
la relation idéalisée avec le bébé
l’image de la maternité attendue.
Ce processus peut suivre différentes étapes émotionnelles inspirées du modèle du deuil décrit par Elisabeth Kübler-Ross.
Les étapes émotionnelles du deuil de l’allaitement
Culpabilité. La mère se demande ce qu’elle aurait pu faire différemment.
Colère Elle peut ressentir de la frustration envers elle-même, les professionnels ou la situation.
Inquiétude Les questions surgissent : mon bébé va-t-il aller bien ? ai-je fait le bon choix ?
Sentiment d’échec L’écart entre attentes et réalité peut générer un sentiment d’insuffisance.
Acceptation Accepter la situation telle qu’elle est, réduire la culpabilité et trouver des façons positives d’avancer.
Ce modèle ne sert pas à enfermer les mères dans des catégories émotionnelles, mais à aider les professionnels à reconnaître et accompagner ces émotions — culpabilité, honte, tristesse — plutôt que de chercher à les corriger ou les minimiser.
L’objectif n’est pas d’effacer ces émotions, mais de permettre aux mères de les traverser.
Le deuil de l’allaitement peut être amplifié par un parcours de maternité difficile :
infertilité
parcours de procréation médicalement assistée
fausses couches
grossesse compliquée
accouchement difficile
hospitalisation néonatale.
Dans ces situations, l’alimentation du bébé peut devenir le symbole d’un parcours déjà chargé d’épreuves.
Même le vocabulaire médical peut involontairement renforcer ce sentiment :
« col incompétent »
« échec de progression du travail »
" grossesse gériatrique"
Ces expressions peuvent laisser l’impression que le corps de la mère a échoué.
L’allaitement maternel n’est pas une option idéale, c’est la norme biologique
Nourrir un bébé ne se résume pas seulement l’apport calorique.
L’alimentation participe aussi à :
la construction du lien d’attachement
le sentiment de sécurité du nourrisson
la relation parent-enfant.
Le concept d’alimentation responsive rappelle que les parents peuvent répondre aux signaux du bébé, non seulement pour le nourrir, mais aussi pour le réconforter et le rassurer.
Dans ce cadre, nourrir son enfant devient un outil relationnel, et non uniquement une performance nutritionnelle.
Dans la majorité des études scientifiques cependant, l’allaitement n’est souvent pas présenté comme la norme physiologique, mais comparé à une alternative industrielle — le lait en poudre. Ce cadre de comparaison donne l’illusion que nous évaluons l’allaitement par rapport à ce qui est “moyen ou acceptable”, et non par rapport à ce qui est naturellement prévu par la biologie humaine.
En recherche clinique sérieuse, on évalue une intervention par rapport à la fonction physiologique normale — ce que serait l’allaitement en contexte sain — et on étudie ensuite les alternatives uniquement quand la physiologie est empêchée. Appliquer l’inverse revient à normaliser une solution de remplacement, ce qui est scientifiquement trompeur.
Résultat : l’allaitement est fréquemment décrit comme quelque chose d’« idéal mais difficile », alors que c’est la norme biologique. Cette présentation influence la manière dont les professionnel·les conseillent, et, indirectement, les choix que font les parents.
Quand les mots biaisent la pensée
Quand on affirme que l’allaitement maternel "réduit les risques" de certaines maladies, on oublie de dire que c’est le lait artificiel qui les augmente. Les données scientifiques sont là : alimentation au lait artificiel = risques accrus de morbidité et de mortalité.
Mais la manière dont ces résultats sont présentés influe sur la manière dont les professionnels informent les familles, et donc sur les choix des parents.
Pire encore : dire que "l’allaitement est idéal" crée une distance. Comme s’il s’agissait d’un objectif difficile à atteindre, réservé à quelques mères motivées ou chanceuses. Et puisque le lait artificiel est devenu la norme, il est perçu comme "suffisamment bon". Résultat ? Les parents ne reçoivent ni les vraies informations, ni le vrai soutien pour faire des choix éclairés.
Le vocabulaire utilisé autour de l’alimentation infantile a un impact direct sur la perception des dangers et des avantages. Parler de « lait maternisé » ou de « formules proches du lait maternel » suggère une équivalence qui n’existe pas biologiquement.
Le lait maternel est un fluide vivant, évolutif, riche en immunitaires et adapté à l’enfant.
Le lait industriel est un aliment ultra‑transformé, standardisé, dépendant d’ingrédients d’origine variée, soumis à des chaînes de production complexes et mondialisées.
Ce que beaucoup de discours scientifiques et médiatiques ont tendance à minimiser, c’est que les aliments ultra‑transformés présentent des risques structurels documentés — contamination par des bactéries, erreurs de fabrication, rappels massifs, hospitalisations, voire décès documentés dans différents pays. Présenter ces produits comme “sans risque” n’est pas rassurant : c’est désinformant.
A lire aussi
L’industrie alimentaire infantile face à ses responsabilités
Les scandales récents de rappels rappellent que le problème n’est pas théorique, mais bien réel.
En fin 2025 et début 2026, plusieurs groupes majeurs — Nestlé, Lactalis, puis Danone — ont procédé à des rappels considérables de laits infantiles en poudre en Europe et dans le monde à cause de la présence potentielle d’une toxine bactérienne appelée céréulide dans l’un des ingrédients utilisés.
En France, ces mesures ont conduit à des enquêtes pénales après la mort de deux nourrissons ayant consommé des laits rappelés, bien qu’aucun lien de causalité n’ait été établi à ce jour.
Des associations comme Foodwatch ont appelé à des actions en justice pour manque de transparence, dénonçant des retraits silencieux, des notifications tardives et des obligations d’alerte insuffisantes.
Ce n'est pas la première fois que du lait contaminé se retrouve en rayon
Le parcours de Yasmine Motarjemi, ancienne directrice mondiale de la sécurité alimentaire chez Nestlé, illustre à quel point la sécurité des laits infantiles est loin d’être garantie par défaut. Arrivée dans l’entreprise en 1999, elle découvre une culture de la peur, où poser des questions ou signaler un risque est découragé.
Rapidement, elle constate que les décisions sont guidées par les profits et les bonus, et non par la sécurité des nourrissons. Elle tente de retirer des produits dangereux du marché, y compris après des incidents graves ayant impliqué des bébés, mais ses initiatives sont systématiquement bloquées.
Le point culminant survient lors de l’intoxication de 300 000 bébés en Chine, avec au moins 13 décès : Nestlé retire les produits, mais la responsabilité industrielle est minimisée et Yasmine est licenciée. Pour dénoncer ces manquements, elle doit aller jusqu’au procès, révélant l’ampleur des défaillances structurelles.
Son témoignage, raconté dans le podcast « Celles et ceux qui changent le monde » (France Culture), montre que les scandales ne sont pas accidentels, mais le résultat d’un système où la rentabilité prime sur la prévention.
Ces révélations font écho aux rappels récents de laits infantiles en Europe et aux États-Unis (Lactalis, Abbott, Nestlé, hiver 2025-2026) : chaque famille pourrait être concernée. Ce qu’enseigne Yasmine Motarjemi est clair : pour protéger la santé des bébés, il faut mettre en lumière les pratiques industrielles, soutenir les parents avec des informations honnêtes, et ne jamais se contenter de discours rassurants ou de faux choix, quand il s’agit d’alimentation infantile.
Ces événements ne sont pas des incidents isolés : ils mettent en lumière les failles d’un système industriel qui privilégie souvent la réactivité à la prévention, au détriment de la sécurité des nourrissons.
Une responsabilité collective et éthique
Les publications scientifiques façonnent la culture médicale. Elles influencent les protocoles, les recommandations officielles, les formations des professionnels de santé. Et quand elles se contentent de présenter le lait artificiel comme un aliment anodin, elles participent à normaliser une pratique qui, en réalité, présente des risques évitables.
Il est temps de remettre les choses à leur place :
L’allaitement maternel est la norme biologique.
Le lait artificiel est une intervention médicale, utile dans certains cas, mais pas sans conséquences.
Les études doivent le traiter comme tel, en comparant ses effets à la norme physiologique.
Les revues scientifiques et les médias de santé ont une responsabilité éthique : celle de présenter les résultats de manière rigoureuse, sans euphémisme ni édulcoration.
Voir à ce propos l'excellent ouvrage "Le problème avec l'allaitement" de James Akré
Professionnel·les de santé : entre bonne foi et système influencé
La majorité des professionnels de santé agit de bonne foi. Pourtant, ils évoluent dans un système saturé par l’influence de l’industrie agro‑alimentaire. Cela se traduit parfois par des messages trop simplistes ou des décisions cliniques qui font plus le jeu des pratiques industrielles que des besoins physiologiques des nouveau‑nés.
Exemples courants :
« Il n’a pas repris assez vite, on va donner un petit biberon. »
« Sans reprise de poids rapide, il ne sortira pas de maternité. »
Ces phrases, souvent répétées sans nuances, ignorent les variations physiologiques normales du nouveau‑né et peuvent affaiblir la mise en place de l’allaitement.
Mon engagement : vous transmettre des informations vraies, basées sur la science

Je m’efforce de vous donner des repères solides pour faire des choix éclairés. Loin des dogmes, loin des injonctions, mais près de la vérité scientifique et de l’expérience du terrain.
Changer la culture autour de l’allaitement commence par là : rendre visibles les biais, redonner leur juste place aux données, et soutenir les parents avec clarté, éthique et bienveillance.
Dire que l’allaitement est la norme biologique n’est pas un dogme : c’est une observation clinique et physiologique. Reconnaître que le lait industriel pose parfois des risques concrets n’est pas culpabiliser, c’est informer avec honnêteté.
Les parents méritent une information fiable, complète, claire et dépourvue de jargon marketing.
Les professionnel·les de santé ont besoin de repères scientifiquement fondés, non de slogans rassurants.
Et nous, en tant qu’accompagnants, avons la responsabilité éthique de dépolitiser la norme — tout en politisant les choix de santé publique qui affectent la vie des familles.
Je vous recommande quelques lectures 😉 :
Mon allaitement sur mesure (Éd. Albin Michel, 2020)
Choisir d’allaiter (Éd. First, 2022)
L'allaitement pour les nuls (Ed. First, 2024)
Références
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