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Mastite : les risques cachés et comment les éviter dès le début



La mastite, c’est cette inflammation du sein qui peut être très douloureuse et rendre l’allaitement plus compliqué. Si vous l’avez déjà vécue, vous savez à quel point ça peut être cuisant. On comprend même que de nombreuses mères renoncent à allaiter après un tel épisode. Une revue systématique récente a analysé la fréquence et les facteurs de risque de la mastite dans le monde. Résultat : cette affection est fréquente, mais une partie importante des cas pourrait être évitée grâce à une meilleure prévention.


Sommaire

Qu’est-ce que la mastite ?


La mastite d’allaitement est une inflammation du tissu mammaire, généralement accompagnée de symptômes comme :

  • Douleur au sein

  • Zone rouge, chaude et gonflée

  • Fièvre, frissons et douleurs corporelles


Elle peut être d’origine infectieuse ou non. Les bactéries souvent impliquées, comme Staphylococcus aureus, peuvent pénétrer par des crevasses au mamelon. Si elle n’est pas traitée efficacement, la mastite infectieuse peut évoluer vers un abcès mammaire ou, plus rarement, une septicémie.


Homéopathie et aspirine ne soignent pas efficacement la mastite !
Homéopathie et aspirine ne soignent pas efficacement la mastite !

À quelle fréquence survient-elle ?


Vous n’êtes pas seule : environ une maman sur quatre est confrontée à une mastite dans son expérience d'allaitement.


La mastite est courante, mais sa fréquence varie largement selon les contextes.

Wilson et ses collègues ont passé en revue 26 études menées dans différents pays.

  • Selon leur méta-analyse, la prévalence combinée entre la naissance et la 25ᵉ semaine postpartum est de 11,1 épisodes pour 1 000 semaines d’allaitement.

  • La période la plus à risque est le premier mois après l’accouchement, avec un risque qui diminue nettement ensuite.

  • En moyenne, environ 1 femme sur 4 allaitant dans les 26 premières semaines post-partum développe une mastite.

  • L’incidence maximale survient au cours des quatre premières semaines après l’accouchement, puis diminue progressivement.

  • Cette variabilité s’explique en partie par la qualité faible des études, un risque élevé de biais, et des mesures de fréquence parfois incomplètes ou hétérogènes.

  • Les taux varient fortement selon les pays : jusqu’à trois fois plus élevés en Australie qu’en Chine dans les deux premiers mois.



Est-ce que j'ai fait quelque chose de travers ?


C’est normal de se demander si l’on a “mal fait quelque chose”. Si ça arrive, ça ne veut pas dire que vous avez échoué.


Wilson et al. (2020) ont étudié 42 facteurs potentiels. Les principaux sont :

  • Dommages aux mamelons : fissures, sécheresse, douleurs — facteur le plus fortement associé.

  • Problèmes d’attachement : mauvaise position ou succion inefficace.

  • Engorgement et canaux bloqués : favorisent la stase du lait et l’inflammation.

  • Produits pour l’allaitement : certaines crèmes appliquées sur les mamelons peuvent être associées à un risque accru.

La majorité des études proviennent de pays à ressources élevées. Les données dans les contextes à faibles ressources sont limitées, ce qui restreint la généralisation des résultats.

Catégorie

Facteur de risque

Études / Pays

Mécanisme

Anatomiques / Allaitement

Présence de fissures, crevasses, sécheresse ou douleur au mamelon.

Kvist et al., 2013 (Danemark), Wilson et al., 2020 (revue)

favorise l’inflammation et l’invasion bactérienne.


Difficultés d’attachement, succion inefficace, engorgement mammaire.

Kinlay et al., 1999/2001 (Australie), Scott et al., 2008 (Écosse), Amir et al., 2007 (Australie)

Augmente le risque par stase du lait


Difficultés d’attachement ou succion inefficace

Scott et al., 2008 (Écosse), Amir et al., 2007

Associé aux premières semaines postpartum

Historique clinique

Les femmes ayant déjà eu des épisodes de mastite sont à risque accru de récidive.

Tang et al., 2014 (Chine), Vogel et al., 1999 (NZ)

La récidive est fréquente

Pratiques / Produits

Usage de certaines crèmes ou produits sur les mamelons, parfois associées à un risque accru

Wilson et al., 2020

Techniques d’allaitement inadéquates ou interruptions fréquentes.


Interruption fréquente de l’allaitement

Kvist et al., 2013 ; Kinlay et al., 2001

Favorise la stase et la surinflammation

Facteurs sociodémographiques / environnementaux

Accès limité aux soins ou soutien en allaitement - Moins documentés mais incluent : âge maternel, parité, ressources limitées, hygiène, accès aux soins.

Ohene-Yeboah, 2008 (Ghana), Prentice & Lamb, 1985 (Gambie)

Influence le dépistage et la prévention


Conditions socio-économiques et hygiène

Ohene-Yeboah, 2008 ; Prentice & Lamb, 1985

Favorise la surinfection bactérienne


Âge maternel / parité

Plusieurs études (Amir et al., 2006 ; Axelsson & Blomberg, 2014)

Facteurs moins documentés mais parfois corrélés

Facteurs temporels

Première période postpartum (0–4 semaines) - Engorgement sévère dès les premières semaines postpartum.

Kinlay et al., 1999/2001 ; Tang et al., 2014

Période de risque maximal de mastite

Les taux de mastite diffèrent selon les pays pour plusieurs raisons, liées à la fois aux facteurs biologiques, sociaux et méthodologiques.


Comprendre la mastite pour mieux anticiper


La mastite est souvent prévisible et, dans de nombreux cas, évitable. Connaître les facteurs qui influencent le risque vous donne un vrai pouvoir de prévention.


La recherche montre que la fréquence et le risque de mastite varient beaucoup… et pas seulement pour des raisons médicales. Ce qui compte, ce sont aussi vos pratiques quotidiennes, votre environnement et l’accès au soutien après la naissance.

Voici quelques points qui peuvent vous aider à mieux comprendre et prévenir la mastite.


Les habitudes d’allaitement

  • Fréquence des tétées : dans certains pays, les bébés sont nourris très souvent — parfois toutes les 2 à 3 heures — ce qui favorise une bonne circulation du lait. Cela réduit l’engorgement et donc le risque de mastite. 💡 Conseil pratique : allaitez à la demande, sans vous restreindre

  • Durée et exclusivité de l’allaitement : donner des compléments (lait artificiel, tisanes…) trop tôt peut interrompre la régulation naturelle du lait et favoriser la stase lactée. 💡 Conseil pratique : privilégiez, si possible, l’allaitement exclusif pendant les premières semaines

  • Positionnement et prise du sein : une mauvaise prise peut entraîner crevasses, douleurs et congestions, augmentant ainsi le risque de mastite. 💡 Conseil pratique : appuyez-vous sur mes conseils pour optimiser la position.

L’accompagnement postnatal n'est pas un luxe

  • Dans certains pays, l’accès aux consultantes en lactation est facile. Ailleurs, il peut être limité. 💡 Conseil pratique : repérez dès la maternité ou en sortie d’hôpital une personne ressource.

  • L’éducation autour de la mastite varie fortement selon les contextes. Certaines mamans n’entendent jamais parler des signes précoces. 💡 Conseil pratique : informez‑vous avant et pendant l’allaitement. Mieux vaut prévenir que guérir.

Les conditions de vie influencent le risque

  • Accès à l’eau potable, hygiène, disponibilité de temps pour allaiter : tous ces facteurs jouent un rôle. 💡 Conseil pratique : organisez un coin d’allaitement confortable, gardez de l’eau à portée de main, prévoyez des vêtements faciles à retirer.

  • Si votre quotidien est très chargé, vous pouvez être plus exposée au risque d’engorgement. 💡 Conseil pratique : pensez à exprimer votre lait lorsque vous n’arrivez pas à allaiter à la demande.

Point important aussi, considérez les statistiques comme des ordres de grandeur, pas comme une vérité absolue. Si vous avez des symptômes, écoutez votre corps et consultez sans attendre.


Une fièvre qui dépasse 38,6°C est un signal fort
Une fièvre qui dépasse 38,6°C est un signal fort

Conseils pratiques pour prévenir la mastite


L’allaitement peut parfois être un parcours semé d’embûches, mais chaque maman trouve sa voie. La mastite peut être gérée efficacement avec du soutien et de l’information. Vous pouvez le faire !


Même si tous les cas ne peuvent pas être évités, certaines mesures réduisent le risque :


Veiller à un bon positionnement et une bonne prise du sein pour éviter les crevasses.

Éviter les engorgements en allaitant fréquemment et à la demande.

Traiter rapidement toute douleur ou irritation du mamelon.

Changer de position d’allaitement régulièrement pour un drainage complet.

Consulter rapidement en cas de symptômes évocateurs, même légers, afin d’agir tôt.


Et en passant, voici une revue des conseils obsolètes et des raisons pour lesquelles on ne devrait plus ni les entendre ni les appliquer.

Pratique obsolète

Raisons de l'abandon

Bander les seins

Augmente l’inflammation et réduit l’évacuation du lait. (ABM, 2020)

Jeter le lait maternel

La plupart des antibiotiques sont compatibles avec l’allaitement ; le lait n’a pas besoin d’être jeté. (e-lactancia.org)

Croire au signe de Budin

Non spécifique et peu fiable pour diagnostiquer la mastite. (LLL France, 2020)

Arrêter de boire

La déshydratation aggrave l’inflammation ; il est important de rester hydratée. (Mayo Clinic, 2023)

Suspendre l’allaitement pendant un traitement par antibiotiques

Des antibiotiques ne sont prescrits que lorsque cela est nécessaire, et ils sont sûrs pour le bébé ou l’enfant allaité.

L’enfant n’est exposé qu’à de très petites quantités d’antibiotique par le lait maternel.

Il peut arriver qu’un bébé ait quelques épisodes de diarrhée pendant que sa mère suit un traitement antibiotique, mais cela disparaît généralement dès la fin du traitement.


  • Allaiter ou exprimer fréquemment le lait pour éviter la stase.

  • Surveiller les signes infectieux : fièvre élevée, rougeur étendue, douleur intense.

  • Consulter un professionnel de santé si les symptômes persistent ou s’aggravent.

  • Les antibiotiques ne sont nécessaires que si une infection bactérienne est confirmée.



Alors, qu'est-ce qu'on retient ?

  • La mastite touche jusqu’à une mère allaitante sur quatre dans les 6 premiers mois.

  • Les crevasses au mamelon sont le facteur de risque principal.

  • Une prévention basée sur le soutien précoce et la correction de la prise du sein est essentielle.

  • Une détection et une prise en charge rapides peuvent éviter les complications et un sevrage non souhaité.



Références

  • Wilson, E., Woodd, S.L., & Benova, L. (2020). Incidence of and Risk Factors for Lactational Mastitis: A Systematic Review. Journal of Human Lactation, 36(4), 673–686.

  • World Health Organization (WHO). (2000). Mastitis: Causes and management. WHO/FCH/CAH/00.13.

  • Wambach, K., & Spencer, B. (2008). Breastfeeding and Human Lactation. Jones & Bartlett Learning

  • Foxman, B., D'Arcy, H., Gillespie, B., Bobo, J.K., & Schwartz, K. (2002). Incidence and risk factors for lactational mastitis: a cohort study. Epidemiology, 13(2), 222–231.

  • Spencer, B. (2008). Management of mastitis in breastfeeding mothers. Pediatric Clinics of North America, 55(3), 455–471.

  • Contreras, L., et al. (2011). Bacterial biofilms in lactational mastitis. Journal of Human Lactation, 27(1), 54–60.



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