Allaitement d’un bambin : pourquoi il tète encore autant ?
- caroleherve
- il y a 2 jours
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Votre enfant a fêté son premier anniversaire et il se remet à téter pour un oui, pour un non, de jour comme de nuit ? Vous vous demandez si c’est normal, sain, soutenable ? Cet article décortique les raisons physiologiques, affectives et relationnelles qui motivent un bambin à téter, même après un an. Il vous aide aussi à trouver un équilibre entre ses besoins et les vôtres.
Sommaire :
Pourquoi un bambin allaité tète-t-il encore souvent ?
L’Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement jusqu’à 2 ans et au-delà, aussi longtemps que l’enfant et la mère le souhaitent. Le lait maternel après un an reste une source précieuse de nutriments, d’anticorps et de lien.
À 12 mois, 450 mL de lait maternel apportent encore :
29 % des besoins caloriques de l’enfant,
43 % des protéines,
36 % du calcium,
75 % de la vitamine A,
76 % du folate,
94 % de la vitamine B12,
60 % de la vitamine C (Dewey, 2001)
Le lait ne devient donc ni "eau" ni "inutile". Il reste un aliment à part entière… et bien plus encore.
Quand et pourquoi il réclame le sein
Vers 12-24 mois, les enfants tètent pour de multiples raisons physiologiques, émotionnelles et relationnelles. Voici les plus fréquentes :
Se nourrir… mais pas seulement
Oui, ils tètent encore pour se nourrir. Certains bambins, surtout s’ils mangent peu de solides, complètent volontiers par le sein. En période de croissance ou de maladie, le lait devient même leur source principale d’énergie.
Gérer leurs émotions
La tétée offre du réconfort immédiat. Ils tètent après une chute, quand ils ont eu peur, quand ils sont malades ou simplement déroutés. Leur cerveau immature trouve dans le sein un régulateur émotionnel puissant.
Rechercher la proximité
Ils tètent pour rassurer le lien avec leur mère. Dans un monde de plus en plus stimulant (crèche, motricité, découvertes), le sein devient un point d’ancrage stable.
Combattre l’ennui
Certains enfants tètent quand ils s’ennuient, ou quand l’environnement est trop calme. Téter devient alors un moyen d’interagir ou de ramener de l’attention.
Booster la lactation
De manière instinctive, les bambins tètent davantage pendant les phases où ils pressentent une baisse de lactation, ou lorsqu’ils retrouvent leur mère après une séparation (retour du travail, voyage, etc.).

Jouer
À cet âge, la tétée devient aussi relationnelle et ludique. Certains tirent sur le mamelon, sourient en tétant, alternent les seins, ou tètent à l’envers. Cela peut surprendre… ou agacer.
“Mais il vient de manger ! Pourquoi il réclame encore le sein ?” Parce que la tétée n’est pas qu’une question de faim : elle devient polyfonctionnelle.
Un exemple :
Léa, 17 mois, se réveillait 4 à 5 fois par nuit pour téter. Sa mère, épuisée, pensait au sevrage nocturne. Lorsqu’on a parlé de son entrée à la crèche, de son besoin de retrouver un lien sécurisant, elle a mis en place un cododo temporaire. Léa s’est apaisée naturellement en quelques semaines.
Est-ce que le lait maternel est encore nourrissant ?
Oui, mille fois oui. Après un an, le lait maternel contient toujours :
Des propriétés immunitaires évolutives
Des probiotiques vivants
Des acides gras essentiels au développement du cerveau
Des propriétés digestives protectrices (enzymes, lactoferrine)
Des calories adaptées : environ 65 kcal/100 ml
Une étude de Mandel (2005) montre que le lait maternel produit entre 12 et 24 mois reste très riche en lipides et en anticorps.
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Les nuits : un pic de tétées à 18 mois, c’est courant
De nombreuses mères observent une augmentation des tétées nocturnes vers 16-20 mois. Cela peut être lié à :
Des poussées dentaires,
Des apprentissages moteurs (marche, langage),
Des peurs (angoisse de séparation, cauchemars),
Une réorganisation du sommeil.
Il est tout à fait normal qu’un enfant de 18 mois tète encore 2 à 3 fois (ou plus) par nuit.
Quand les tétées deviennent envahissantes : un ressenti ambivalent
Il est légitime que l’allaitement d’un bambin suscite des émotions mixtes :
Parfois de la fierté, de la tendresse, de la gratitude.
Parfois de la fatigue, de l’irritabilité, un besoin d’espace corporel.
Ce n’est pas contradictoire. Vous pouvez aimer allaiter et avoir envie d’un peu de distance. Ce n’est pas un échec, c’est humain.
💡 “Il ne me lâche pas du tout. J’ai l’impression d’être un distributeur !”Beaucoup de mères traversent ces phases. Nommer ce ressenti est déjà un pas vers plus de clarté.
Comment poser un cadre sans rompre le lien
Le bambin comprend beaucoup plus qu’on ne le croit. Il est tout à fait possible de poser des limites claires et douces, même autour de la tétée.
Je vous propose des stratégies concrètes :
Nommer ce qui va se passer : “Tu veux téter, je comprends. On va le faire après que j’aie fini ma tasse de thé.”
Introduire des “rendez-vous tétée” : par exemple, le matin, avant la sieste, après le bain.
Proposer une alternative affective : câlin, portage, chanson, lecture.
Utiliser le “oui différé” : “Pas maintenant, mais dans un petit moment.”
Dire non en restant présente : “Je sens que je suis fatiguée, je ne peux pas te donner le sein tout de suite. Je suis là, on peut se câliner.”
Poser un cadre, c’est sécurisant pour l’enfant… et pour la mère. Ce n’est pas un sevrage. C’est une co-régulation. Un cadre affectueux n’abîme pas le lien, il le solidifie.
Se former en allaitement : pour mieux comprendre et accompagner
Que l’on soit professionnel·le de santé ou parent curieux, se former sérieusement à l’allaitement, c’est bien plus que mémoriser des données. C’est :
Revoir les connaissances scientifiques actuelles,
Défaire les croyances limitantes encore trop souvent véhiculées (“le lait n’est plus nourrissant après un an”, “il est trop vieux pour téter”),
Revisiter son propre vécu, parfois encore chargé émotionnellement, pour en comprendre l’impact sur notre posture,
Comprendre en profondeur les besoins du jeune enfant afin d’accompagner sans jugement,
Transmettre une culture du lien, de l’écoute et du respect de la dyade.
Se former, c’est aussi mieux comprendre ce que vivent les familles : leur fatigue, leurs doutes, mais aussi l’immense valeur qu’elles accordent à cette relation d’allaitement, souvent mal comprise et peu soutenue.
Un lien, une liberté assumée
L’allaitement d’un bambin, ce n’est ni une régression ni un caprice. C’est une continuité du lien, un refuge dans les moments de grandir, une source de nutrition, de sécurité et de joie.
Il est permis de poser des limites, d’exprimer son besoin de souffler. Il est aussi permis de savourer, encore, ces moments suspendus qui ne dureront qu’un temps.
“Allaiter un bambin, c’est l’art délicat de répondre à ses besoins… sans oublier les siens.”
L’allaitement du bambin peut être intense, déstabilisant, magique, usant, réconfortant… parfois tout cela en même temps. Il s’agit d’un lien vivant. Mettez des mots sur vos besoins, autorisez-vous à ajuster. Et souvenez-vous : accompagner un bambin allaité, c’est lui donner le droit d'être un petit humain en construction.
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Je vous recommande quelques lectures 😉 :
Mon allaitement sur mesure (Éd. Albin Michel, 2020)
Choisir d’allaiter (Éd. First, 2022)
L'allaitement pour les nuls (Ed. First, 2024)
Références
Dewey, K.G. (2001). Nutrition, growth, and complementary feeding of the breastfed infant. Pediatric Clinics of North America.
WHO. (2002). Infant and young child nutrition. Global strategy on infant and young child feeding.
Dettwyler, K. A. (1995). A time to wean: the hominid blueprint for the natural age of weaning in modern human populations.
UNICEF & OMS : Recommandations sur l’allaitement prolongé.
IBFAN : Ressources sur les pratiques mondiales de sevrage.











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